

« Hâte toi lentement » car on fait assez vite ce que l’on fait bien, c’est un précepte de Suétone repris comme adage par l’empereur Auguste, je l’aime beaucoup. Il m’apaise. Il est à la fois comme un mantra et un garde fou dans ma vie personnelle et professionnelle.
L’inverse n’est pas vrai, on ne fait pas toujours bien ce que l’on fait vite. Ou plutôt, on ne fait pas bien ce dont on ne respecte pas la temporalité. Tout ne pas être accéléré, à l’infini.
Lao tseu disait « la nature fait les choses sans se presser et pourtant tout est accompli », autre mantra guide dans ma vie. C’est sans doute enfoncer une porte ouverte que de rappeler que nous vivons, pour la plupart d’entre nous, dans une société qui nous presse. Nous sommes devenus plus ou moins consciemment, accros à l’action, la rapidité, l’efficacité, l’optimisation et la rentabilité dans tous les secteurs de nos vies.
Nous avons fini par délaisser tout ce qui nous prend trop de temps ou jugé comme tel. Et la rentabilité, l’optimisation de nos actions s’est insinué partout. Jusque dans les repas que l’on peut préparer le dimanche en avance pour toute la semaine. Jusque dans nos loisirs et même dans nos « petits penchants » inavouables sur un réseau social ou sur une plateforme de streaming, cette accélération apparaît, on a scrollé tous les réels sur tel thème ou binger l’intégralité de la dernière saison de notre série préférée. Comme si l’on devait tout faire, tout vivre dans l’immédiat. Comme si telle une story, les contenus allaient s’effacer pour laisser place à d’autres avant que l’on ait eu le temps de goûter, tester, regarder. On le transpose à tout, et surtout à nous même, à nos corps, notre psyché, nos énergies. Il ne faut pas perdre de temps, il faut être efficace, il faut réparer très vite ce qui ne va pas chez nous. L’appétit pour la vie est une belle chose. Mais tout vivre en accéléré est-ce encore vivre sa vie ? Ou plutôt est-ce respecter la vie en soi ?
Je ne me positionne pas d’un point de vue moral, ni même sociologique. Tout cela n’est pas (si) grave. Cette accélération, si l’on pose de la conscience et de l’honnêteté dessus, est elle toujours souhaitable ? Permet elle d’atteindre le but fixé ? Peut on transposer cette manière « d’être au monde » à tous les champs de notre vie ? A notre santé ?
Il y a des processus en cours à l’intérieur de nous qui prennent du temps.
Les êtres cycliques que nous sommes le savent bien mais nous l’oublions. Nos corps vont produire les hormones d’éveil et de sommeil en fonction du cycle solaire. Les fluides de nos corps vont suivre les cycles lunaires, que l’on soit homme ou femme, car nous sommes composés à 70 % d’eau. Nous suivons les saisons , qu’il y en aient 2 ou 4 selon notre position sur la planète. A chaque fois l’intelligence de la vie qui est en nous, que nous sommes, s’adapte, ajuste au rythme qui est le sien. Mais l’acceptons -nous ?
C’est moins de la durée que de la temporalité pour chaque chose dont je veux parler ici. Les choses prennent le temps qu’elles doivent prendre, certaines sont rapides d’autres moins. Dans les processus de réequilibrage qu’il soit physique, mental ou énergétique , il en va de même. Bien qu’il soit possible de progresser voire de se guérir en une séance car oui tout est possible, c’est en réalité rare. Il convient en tant que thérapeute de la rappeler de ne pas agiter le miroir aux alouettes laissant à penser qu’en une ou deux séances sans même avoir à s’impliquer dans le processus nous allons être guéris, soignés. Les prises de conscience qui sous tendent les « guérisons » profondes sont aussi une affaire de temps. De temps que l’on se consacre. Accepter la temporalité propre à chaque action (ou non action d’ailleurs) , c’est aussi se replacer dans son humanité dans ce qu’elle a de biologique aussi bien que spirituelle. On ne peut pas toujours « forcer » les choses, ou alors pour quel résultat ?
Développer sa patience , c’est développer sa confiance. La confiance dans la résolution de ce qui se noue, se trame par une douce attention ajustée aux besoins.
Dans notre société accélérée, nous avons bannis, toutes les méthodes qui nous apparaissaient archaïques car trop lentes, sans efficacité réelle. Mais qu’est-ce que l’efficacité ? Est-ce que se débarrasser d’un symptôme , c’est se débarrasser de la cause ? Souvent la cause non réglée se manifestera autrement, ailleurs, par un autre symptôme et d’aucun passera d’asthmatique à insomniaque etc. Il est étrange de constater que l’un des plus grands reproches qui est formulé à l’encontre de la médecine moderne dite allopathique à savoir le manque d’écoute et de temps passer avec le patient soit finalement ce qui est recherché par de nombreuses personnes aujourd’hui. Je veux me guérir vite de mon symptôme sans y passer trop de temps, si possible en y prenant beaucoup de plaisir et sans fournir trop d’effort ni en comprendre la cause.
Je ne parlerais pas des apprentis sorciers, qui aujourd’hui proposent des méthodes rapides, brèves pour nous guérir de tout. De ceux qui se réclament de méthodes anciennes nécessitant des initiations sérieuses et de longs apprentissages ou des toutes nouvelles thérapies de l’esprit. Ceux qui après quelques semaines de formation seulement procèdent à des guérisons. Profitant de nos vulnérabilités et de notre désir de guérir vite.
Bien sûr nous sommes tous libres de choisir ce qui nous « parlent » le plus, nous convient le mieux à un stade de notre vie. Mais je souhaitais apporter un peu de nuance aux effets de mode, à la tentation du « vite fait, bien fait ». Bien sûr que tout est possible, je le répète. Mais ce tout est possible requiert néanmoins quelques conditions. A commencer par celle de ne pas être aveuglé, car tout ne se vaut pas. Les conditions sont l’alignement des trois corps (physique, mental et énergétique), la conscience de soi, la compréhension de l’existence d’une problématique, le désir d’agir et de guérir et l’exercice de son discernement. Ne pas céder trop vite aux sirènes du miracle, c’est aussi se rendre son propre pouvoir de guérison.
Je me souviens, en tant que thérapeute, que je m’occupe de chaque personne dans son unicité, dans ses rythmes. Je me souviens, en tant que patient, qu’il m’appartient de prendre soin de moi dans mes temporalités, de les respecter. La temporalité du soin, de la cure, de la « guérison » est aussi unique que tout autre chose en nous. Nous souvenir que le temps que nous consacrons à nous améliorer, nous rendre plus heureux, plus léger, n’est jamais perdu.
Savoir allez vite quand c’est nécessaire et savoir ralentir quand le besoin s’en fait sentir. Accepter la temporalité de chaque chose et se hâter lentement.
Bisous
Sandrine Deschamps
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